Roubaix: une Rose mais pas de blouse blanche pour faire reculer le cancer du sein

 

« Être pour ces femmes un exemple de force et de courage. » C’est ce qui anime Martine Sehailia. Engagée dans la sensibilisation au cancer du sein, elle-même frappée par la maladie, elle a créé à Roubaix l’association La Rose, qui ouvrira dans quelques jours un local où les malades pourront vivre et parler.


Martine Sehailia se veut un exemple de force et de courage face au cancer du sein.
 
 

Parler… Elle-même ne savait pas comment trouver les mots. « Quand j’ai appris ma maladie, il m’a fallu du temps pour l’accepter. Je n’arrivais pas à expliquer cela à mes enfants», trois filles, deux garçons. Alors, prenant son courage à deux mains, elle s’est arrêtée pour leur dire à chacun : « Maman doit être forte, j’ai besoin de vous pour mener mon combat… »

Faire sortir les mots qui tournent en rond dans la tête, presque aussi dévastateurs que le cancer qui ronge. Pour Martine Sehailia, l’idée de créer une association a vite émergé. «Pendant la maladie, on est surprotégés, encadrés par les médecins. C’est après que c’est le trou noir. » S’il y a bien des groupes de parole au sein des établissements de santé, l’enjeu pour elle était de créer quelque chose en dehors du champ médical, « où l’on ne verrait pas de blouse blanche, où il n’y aurait pas l’odeur de l’hôpital. Je n’avais pas envie d’y retourner. C’est nécessaire pour oublier la maladie. »

Une référence à l’intime

C’est ainsi qu’est née La Rose, début 2013. À cette époque, Martine Sehailia était loin de s’être débarrassée de la maladie. Un cancer qui lui avait pris son mari, un an avant qu’elle-même n’apprenne que ses deux seins étaient atteints. « J’ai eu la chance d’être dépistée très tôt. Je n’ai fait que des rayons, pas de chimio. Si j’avais traîné un an ou deux, je ne serais pas là. » Sa mère n’a pas connu le même destin. « Maman a eu un cancer du sein il y a dix ans. Elle n’avait jamais fait de dépistage quand le cancer s’est déclaré. Elle est partie trop vite, trop tôt. » C’est ce qui explique le nom de l’association, qui n’a rien à voir avec Octobre rose, l’événement qui chaque année sensibilise les femmes au cancer du sein. La référence est plus intime. « C’est un hommage à ma maman. Elle a fait le choix de finir sa vie dans sa maison, entourée par ses enfants et ses petits enfants. » Avec sous ses yeux son jardin, ses fleurs, ses roses.

Parler, militer

Inciter au dépistage, sortir les femmes de leur déni et de leur isolement. C’est ce qui l’anime aujourd’hui, avec son association. « Les femmes font encore preuve de trop de pudeur. Elles se disent : Pourquoi y aller, je n’ai rien ! Mais d’une seconde à l’autre, on passe du statut de bien portant à malade. Oui, le dépistage peut sauver des vies ! » Ce discours est connu, mais il ne porte pas assez. Et c’est ce qui motive Martine Sehailia, qui constate pourtant les injustices et incohérences du système de soin. Un exemple ? Contrairement à l’évidence, Martine Sehailia ne fait pas partie des publics à risque. Elle a eu son cancer à 47 ans, plus tard que la limite des 40 ans, et sa mère en est décédée à 61. Quant à sa grand-mère, impossible de trouver les pièces qui prouvent qu’elle ait elle aussi été victime. Donc pas de test génétique pour elle et ses trois filles. Pour tordre le cou à la maladie, Martine Sehailia a pris une décision très lourde. « Mon médecin m’a dit que mon taux de récidive n’était que de 5 % Mais j’ai décidé d’une ablation des deux seins. C’était mon choix. Les gens n’acceptent pas forcément cela ; mon chirurgien lui-même a tout fait pour m’en dissuader. Mais je ne voulais plus avoir ce poids. » La reconstruction, qui permet aux femmes de regagner cette part de féminité que le cancer leur arrache, la fondatrice de La Rose y pense, mais pas tout de suite. D’ici un an, peut-être. Et ce qu’elle dénonce, c’est le coût prohibitif de l’intervention. S’engager, donner de soi pour faire progresser le sort des autres. Et malgré la menace sournoise du cancer « se sentir deux fois plus forte ».

PUBLIÉ LE 29/03/2014

Par   http://www.lavoixdunord.fr/region/roubaix-une-rose-mais-pas-de-blouse-blanche-pour-faire-ia24b58797n2025299