C’est un témoignage poignant et rare que livrera le 29 novembre Albdekader Selenousi, lors de la soirée débat organisée par l’association La Rose. Au côté de femmes, touchées par le cancer du sein, cet homme livrera son parcours de malade.


La maladie d’Abdelkader est arrivée «
après un choc
».

Il porte la main au côté droit de sa poitrine, pour indiquer par où la douleur a commencé à l’envahir. C’était au milieu des années 2000, quand, débarqué d’Algérie, Abdelkader Selenousi, un ancien et solide capitaine de la marine marchande, s’est installé à Roubaix. Il raconte, pudique, que « c’est arrivé après un choc ». Il y a d’abord eu le diabète, puis ce cancer. Un cancer du sein. La maladie ne frappe donc pas que les femmes…

Cette épreuve, il l’évoquera samedi, à la salle Watremez, devant peut-être 600 personnes. Comme l’an dernier, lors de la première soirée-débat que son association La Rose avait organisée autour du cancer du sein, Martine Sehailia rassemblera des médecins qui parleront avec des mots simples du cancer, de son dépistage et de ses traitements. Des femmes qui témoigneront de leur vécu face à la maladie. Et un homme, Abdelkader.

1 % des cas

« C’est très rare », admet celui qui a pu constater que le corps médical n’est guère au fait de cette pathologie chez l’homme. « C’est 1 % des cas », confirme Jean-Christian Laurent, chirurgien, représentant de la Ligue contre le cancer, qui accompagne l’association La Rose depuis sa création.

Avec le détachement qu’il a réussi à se construire, une dose d’humour indispensable pour affronter ce mal, Abdelkader raconte ses passages à l’hôpital à Lille, la chirurgie, sa trentaine de séances de radiothérapie, « l’anesthésiste qui dans la salle d’attente appelle Madame Selenousi », ces courriers de l’hôpital qui, pour un cancer du sein, n’écrivent qu’au féminin. «J’avais discuté avec une femme de ménage du centre Oscar-Lambret. Elle m’a dit qu’en 22ans de carrière, elle n’avait vu que six fois des hommes. » Une rareté qui n’a rien d’un privilège…

De son cancer, il garde aussi le souvenir de ses 70 séances pour soigner son bras droit devenu comme de la pierre. Et des liens qui, au-delà de la douleur, se sont noués. « La kiné m’avait appelé lors de ses vacances en Corse pour me dire qu’elle avait eu son permis bateau », raconte l’ancien marin. Si le cancer du sein met à mal la féminité, la maladie, qu’elle touche « monsieur » ou « madame », n’ôte pas l’humanité.